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Morano-Kaspersky, ils sont faits l’un pour l’autre
Quel rapport existe-t-il entre Nadine Morano, secrétaire d´État à la Famille, et Eugène Kaspersky, grand chasseur russe de virus rusés devant l’Eternel Internet ?
Tous deux déclarent, à trois jours d’intervalle, vouloir l’avènement d’une « police Internet » internationale. Reste que si les paroles sont semblables, l’air est légèrement différent. Pour Nadine Morano, interviewée par nos confrères du Figaro, Internet est un lieu de perdition pédopornographique, dans lequel un peu plus de flicage ne pourrait que faire du bien.
Il s’agit là, précise la Ministre, d’une opinion personnelle, une façon, en quelques sortes, de parachever les actuelles mesures de protection de l’enfance que l’actuel gouvernement met en place. Des mesures que les professionnels du milieu conseillent depuis de nombreuses années d’ailleurs : incitation à l’usage de logiciels de contrôle parental, campagnes télévisées de sensibilisation prévenant non seulement des dangers que représentent les prédateurs sexuels, mais également ceux que peuvent provoquer la consommation d’alcool ou de drogues.
Si le spectre hideux des hordes de pédophiles ne parvient pas à justifier l’instauration d’une idyllique, permanente et omniprésente protection policière, on peut y rajouter deux doigts de crime, un soupçon d’activité mafieuse. « Pour rendre Internet plus sûr, il faut mettre en place un Net Interpol» (dixit un communiqué en Français émis par Kaspersky).
Et le chasseur moscovite de malwares de continuer « je suis convaincu que ces stratégies de protection doivent être supportées par un réel effort de toute la communauté si nous voulons réussir à endiguer la cybercriminalité. Il faut mettre en place un Interpol pour Internet. Il faut lancer des campagnes de sensibilisation des consommateurs, sur le modèle des opérations destinées à favoriser l´usage de la ceinture de sécurité au volant ». Un peu de knout pour mieux écouter le violon.
L’utilisation systématique d’un appareil policier spécifique, mis en place sur la simple présomption d’un danger mal quantifié, pose le problème du risque de mésusage à long terme de cette force. Bouclier nécessaire un jour, il risque de se transformer en arme de répression le lendemain, au gré d’un changement de régime politique ou d’une situation de crise.
Interpol travaille déjà, et depuis de nombreuses années, sur des affaires de délinquance informatique. Des instances internationales non policières, tel l’UIT, tentent, par la diplomatie, par d’incessants échanges d’informations, de persuader les instances gouvernementales du monde entier d’unifier leurs arsenaux juridiques afin de combattre certaines mauvaises pratiques ou fléaux, et d’éliminer les « ports francs » du cybercrime. A commencer par la lutte contre le spam et ses « produits dérivés » (phishing, vol d’identité), premier vecteur de financement des organisations mafieuses sur le net.
La solution doit passer avant toute autre chose par des engagements politiques. Et si les politiques évitent d’affronter directement les problèmes en déléguant leurs responsabilités à la seule force policière, -donc à un appareil qui ne peut fonctionner que dans le cadre très précis des juridictions nationales respectives-, ce « recours à la force » est voué à l’échec avant même d’avoir pu espérer combattre quoi que ce soit.
Est-il nécessaire également de préciser que, comme semble le prouver la récente actualité, certains états, pourtant fort bien dotés côté forces de l’ordre, n’ont pas particulièrement intérêt à pourfendre efficacement les structures cybermafieuses. Surtout lorsque ces mêmes structures servent de bras armé téléguidé dans une nouvelle forme d’action politico-militaire.
Ces « nouveaux affreux », ces mercenaires du Net, vivent en temps normal des expédients que sont principalement l’industrie du vol d’identité, du spam, de l’escroquerie en ligne, du trafic d’objets virtuels, du chantage… accroître la pression policière sur Internet ne permettrait pas de mettre la main sur cette pègre, protégée par une alliance objective entourée de « non dit ».
Alors, à quoi pourrait bien servir une police qui serait payée à ne pouvoir mettre la main sur les véritables malfrats ? A surveiller de près les gentils ?
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